## Vue d'ensemble
La dorsalgie est l'un des motifs de consultation médicale les plus fréquents chez l'adulte dans le monde. Elle désigne toute douleur ressentie le long du rachis ou des structures paravertébrales — de la base du crâne (région cervicale) au coccyx — bien que le terme désigne le plus souvent la **lombalgie** (lumbago), codée sous ICD-10 M54. L'étude Global Burden of Disease 2017 a classé la lombalgie comme la première cause d'années vécues avec une incapacité dans le monde, touchant environ 577 millions de personnes à un instant donné [1]. Aux États-Unis, environ 80 % des adultes connaîtront au moins un épisode significatif de dorsalgie au cours de leur vie, et cette pathologie constitue la première cause de jours de travail perdus [2].
Les personnes recherchent des informations sur la dorsalgie parce que les épisodes sont souvent soudains, inquiétants et fonctionnellement limitants. La plupart des dorsalgies aiguës (durant < 6 semaines) se résolvent avec des mesures conservatrices, mais une faible proportion signale une pathologie sous-jacente grave. Comprendre cette différence est essentiel.
> **Avertissement :** Cet article a une visée éducative uniquement et ne remplace pas un avis médical personnalisé. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié pour le diagnostic et le traitement.
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## Causes fréquentes
La dorsalgie peut être classée en trois grandes catégories : **mécanique/non spécifique** (≈ 85–90 % des cas), **radiculopathique** (atteinte radiculaire) ou **secondaire à une maladie systémique** (< 1–5 %) [3]. La liste suivante est classée approximativement par fréquence en médecine de premier recours.
### 1. Entorse musculoligamentaire non spécifique (cause la plus fréquente)
La surutilisation, une mauvaise posture, des mouvements brusques maladroits ou le port de charges lourdes peuvent entraîner une élongation des muscles paravertébraux et des ligaments rachidiens. Les microtraumatismes déclenchent une inflammation locale et un spasme musculaire protecteur. La douleur est habituellement diffuse, aggravée par le mouvement et s'améliore avec le repos en quelques jours à quelques semaines [4].
### 2. Discopathie dégénérative / Spondylose
La déshydratation liée à l'âge et la perte de hauteur discale réduisent la capacité du disque intervertébral à absorber les charges axiales. L'arthropathie facettaire coexiste fréquemment. La prévalence augmente nettement après 40 ans et est visible à l'imagerie chez la majorité des adultes asymptomatiques — les résultats d'IRM doivent donc être corrélés cliniquement [3].
### 3. Hernie discale (prolapsus discal)
Le matériel du nucleus pulposus fait protrusion à travers l'annulus fibrosus et peut comprimer une racine nerveuse adjacente, produisant une **radiculopathie** — douleur vive, dermatomale, irradiant dans le membre inférieur (sciatique lorsque les racines L4–S1 sont impliquées). Une revue de 2016 a noté que la plupart des hernies s'améliorent en 6 à 12 semaines avec un traitement conservateur [5].
### 4. Sténose rachidienne (canal lombaire étroit)
Le rétrécissement du canal central ou des foramens latéraux — généralement dû à une combinaison de protrusion discale, d'hypertrophie du ligamentum flavum et de formation d'ostéophytes — provoque une **claudication neurogène** : lourdeur bilatérale des membres inférieurs et douleur à la marche, soulagées par la position assise ou la flexion antérieure du tronc. Plus fréquent chez les adultes > 60 ans [3].
### 5. Spondylolisthésis
Glissement antérieur d'une vertèbre par rapport à la vertèbre sous-jacente. Le type isthmique (défect de la pars interarticularis) est plus fréquent chez les patients jeunes et les sportifs ; le type dégénératif prédomine chez les adultes âgés. Peut être asymptomatique ou provoquer une douleur mécanique et une radiculopathie.
### 6. Fracture vertébrale par compression ostéoporotique
Les fractures à basse énergie des corps vertébraux surviennent principalement chez les femmes ménopausées et les hommes âgés souffrant d'ostéoporose. Une douleur soudaine, localisée sur la ligne médiane après un traumatisme minime (voire une toux) est le tableau caractéristique.
### 7. Dysfonction de l'articulation sacro-iliaque
Douleur localisée à la région sacro-iliaque, souvent unilatérale. Peut survenir après une laxité ligamentaire liée à la grossesse ou un traumatisme. Les tests de provocation (p. ex. FABER, compression) aident au diagnostic.
### 8. Causes moins fréquentes mais importantes
- **Spondylarthrite ankylosante / spondyloarthrite axiale** — douleur rachidienne inflammatoire chez l'adulte jeune (< 45 ans), aggravée au repos, améliorée par l'exercice.
- **Infection rachidienne** (discite, ostéomyélite vertébrale, abcès épidural) — fièvre, douleur continue, marqueurs inflammatoires élevés.
- **Tumeur rachidienne primitive ou métastatique** — douleur progressive ne répondant pas au repos, perte de poids, antécédent de néoplasie.
- **Syndrome de la queue de cheval** — voir Signes d'alerte ci-dessous.
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## SIGNES D'ALERTE (RED FLAGS)
Les signes et symptômes suivants peuvent indiquer une cause grave ou potentiellement mortelle de dorsalgie. **Consultez en urgence (urgences / appelez le 15 ou le 112) si l'un d'entre eux est présent :**
- **Anesthésie en selle** — engourdissement du périnée, de la face interne des cuisses ou des fesses (évocateur d'un syndrome de la queue de cheval)
- **Incontinence urinaire ou fécale d'apparition récente, ou rétention urinaire**
- **Déficit moteur progressif** d'un ou des deux membres inférieurs (p. ex. pied tombant)
- **Douleur sévère, permanente, au repos**, surtout nocturne, ne répondant pas aux changements de position
- **Fièvre > 38 °C / 100.4 °F associée à une dorsalgie** — évoque une infection rachidienne ou un abcès épidural
- **Antécédent de traumatisme significatif** (chute de hauteur, accident de la voie publique) avec douleur d'apparition aiguë
- **Antécédent de cancer connu**, perte de poids inexpliquée (> 5 % en 6 mois) ou âge > 50 ans avec douleur d'apparition récente
- **Antécédent d'usage intraveineux de drogues ou de procédure rachidienne récente** avec aggravation de la douleur
- **Traitement anticoagulant** avec nouveau déficit neurologique (risque d'hématome épidural rachidien)
- **Signes d'anévrisme de l'aorte abdominale** — masse abdominale pulsatile, douleur dorsale déchirante, instabilité hémodynamique
Le syndrome de la queue de cheval est une **urgence chirurgicale** — un délai au-delà de 24 à 48 heures aggrave significativement le pronostic à long terme [5].
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## Prise en charge à domicile
Pour la plupart des dorsalgies aiguës non spécifiques, les mesures non pharmacologiques suivantes, fondées sur les preuves, constituent le traitement de première intention [6][7] :
1. **Restez actif.** Le repos au lit au-delà de 1 à 2 jours est déconseillé. Une recommandation majeure de l'ACP (2017) a souligné que le maintien de l'activité accélère la récupération par rapport au repos prolongé [6].
2. **Chaleur superficielle.** L'application d'une ceinture chauffante (40 °C) pendant 20 à 30 minutes plusieurs fois par jour peut réduire la douleur et le spasme musculaire. Une revue Cochrane a trouvé des preuves modérées en faveur de la chaleur pour la lombalgie aiguë.
3. **Étirements doux et exercices de mobilité.** La marche, les bascules du bassin et les étirements « chat-vache » aident à maintenir l'amplitude articulaire. Éviter les activités à fort impact durant la phase aiguë.
4. **Cryothérapie.** Les poches de glace (enveloppées dans un linge, 15–20 minutes à la fois) peuvent aider durant les 48 à 72 premières heures lorsque l'inflammation prédomine.
5. **Posture correcte et ergonomie.** Ajuster la hauteur du poste de travail, utiliser un soutien lombaire et éviter la position assise prolongée (> 30–45 minutes sans pause).
6. **Approches corps-esprit.** Le yoga, le tai-chi et la réduction du stress basée sur la pleine conscience disposent de preuves modérées pour la lombalgie chronique (les recommandations NICE NG59 préconisent des programmes d'exercices en groupe) [7].
7. **Manipulation vertébrale.** Peut offrir un soulagement à court terme de la lombalgie aiguë lorsqu'elle est réalisée par un praticien qualifié (chiropracteur, ostéopathe ou kinésithérapeute) [6].
8. **Thérapie cognitivo-comportementale (TCC).** Recommandée pour la douleur subaiguë et chronique afin de traiter le comportement d'évitement lié à la peur et la catastrophisation [7].
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## Médicaments en vente libre
Les antalgiques en vente libre sont appropriés pour la prise en charge à court terme de la dorsalgie non spécifique d'intensité légère à modérée. Lisez toujours la notice et respectez les doses journalières maximales.
| Classe | Exemple | Posologie adulte habituelle | Mécanisme | Notes clés / Contre-indications |
|---|---|---|---|---|
| **AINS** | Ibuprofen (Advil, Nurofen) | 200–400 mg toutes les 4–6 h (max 1200 mg/jour en automédication) | Inhibition de COX-1/COX-2 → réduction de la synthèse des prostaglandines, diminuant l'inflammation et la douleur | Éviter en cas d'insuffisance rénale, d'ulcère gastroduodénal actif, de grossesse au 3ᵉ trimestre. Un protecteur gastrique (p. ex. famotidine) est conseillé si l'utilisation dépasse 5–7 jours. |
| **AINS** | Naproxen sodium (Aleve) | 220 mg toutes les 8–12 h (max 660 mg/jour en automédication) | Idem ; demi-vie plus longue permettant deux prises par jour | Mêmes contre-indications que l'ibuprofène. Risque cardiovasculaire en cas d'utilisation prolongée — avertissement encadré de la FDA [8]. |
| **Paracétamol (Acétaminophène)** | Doliprane, Efferalgan | 500–1000 mg toutes les 4–6 h (max 3000 mg/jour ; certaines recommandations autorisent 4000 mg chez l'adulte en bonne santé) | Antalgique d'action centrale — inhibition de la COX centrale et activation des voies sérotoninergiques descendantes | Ne pas dépasser les doses maximales ; hépatotoxique en cas de surdosage. Des données récentes suggèrent une efficacité limitée en monothérapie pour la dorsalgie [4]. |
| **AINS topiques** | Diclofenac gel 1 % (Voltaren) | Appliquer 4 g sur la zone concernée jusqu'à 4 fois/jour | Inhibition locale de la COX avec absorption systémique réduite | Utile lorsque les AINS oraux sont contre-indiqués. Ne pas appliquer sur une peau lésée. |
| **Contre-irritants topiques** | Menthol/capsaïcine (Icy Hot, Salonpas) | Appliquer sur la zone concernée 3–4 fois/jour | Le menthol active TRPM8 (effet rafraîchissant) ; la capsaïcine déplète la substance P | Peut irriter la peau. Se laver les mains après application. Preuves de haute qualité limitées, mais généralement bien toléré. |
**Note importante sur le paracétamol :** Un essai contrôlé randomisé majeur de 2014 (étude PACE) a montré que le paracétamol n'était pas plus efficace qu'un placebo pour la lombalgie aiguë, bien qu'il reste utile en appoint et soit bien toléré [4]. Les AINS sont généralement préférés comme antalgique de première intention en vente libre pour la dorsalgie selon les recommandations de l'ACP 2017 [6].
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## Options sur ordonnance
Les médicaments sur ordonnance sont généralement réservés aux douleurs modérées à sévères ne répondant pas aux traitements en vente libre, ou lorsqu'une pathologie spécifique (p. ex. radiculopathie, maladie inflammatoire) est identifiée. Les prescriptions varient selon les pays ; les classes courantes sont présentées ci-dessous.
| Classe | Exemples | Indication | Notes clés |
|---|---|---|---|
| **AINS sur ordonnance** | Meloxicam 7,5–15 mg/jour ; Celecoxib 200 mg/jour | Douleur inflammatoire ou mécanique modérée | Le celecoxib (sélectif COX-2) présente un risque gastro-intestinal moindre mais un risque cardiovasculaire similaire. Surveiller la fonction rénale. |
| **Myorelaxants** | Cyclobenzaprine 5–10 mg 3×/jour ; Tizanidine 2–4 mg 3×/jour ; Méthocarbamol | Spasme musculaire aigu (courte durée, ≤ 2 semaines) | La sédation est le principal effet indésirable. Éviter chez le sujet âgé (critères de Beers). Ne pas associer à l'alcool ou aux dépresseurs du SNC. |
| **Antidépresseurs tricycliques (ATC)** | Amitriptyline 10–75 mg au coucher | Dorsalgie chronique, en particulier avec troubles du sommeil ou composante neuropathique | Débuter à faible dose, titrer lentement. Effets anticholinergiques. ECG recommandé chez les patients > 45 ans. |
| **IRSNA** | Duloxetine 30–60 mg/jour | Douleur musculosquelettique chronique (approuvé par la FDA pour la lombalgie chronique) | Nausées fréquentes initialement. Diminution progressive à l'arrêt. Éviter avec les IMAO. |
| **Gabapentinoïdes** | Gabapentin 300–1200 mg 3×/jour ; Pregabalin 75–150 mg 2×/jour | Composante radiculaire / neuropathique | Les preuves pour la dorsalgie non spécifique sont limitées. Sédation dose-dépendante. Le NICE ne recommande pas les gabapentinoïdes pour la lombalgie non spécifique [7]. |
| **Corticoïdes oraux** | Prednisone en décroissance (p. ex. 60 mg → décroissance sur 5–7 jours) | Radiculopathie aiguë sévère (controversé) | Courte durée uniquement. Hyperglycémie, insomnie, troubles de l'humeur. Preuves limitées d'un bénéfice durable [5]. |
| **Infiltrations épidurales de corticoïdes** | Méthylprednisolone ou dexaméthasone (sous guidage fluoroscopique) | Radiculopathie ou sténose rachidienne réfractaire à 6 semaines de traitement conservateur | Réalisées par un spécialiste de la douleur ou un radiologue interventionnel. Peuvent procurer un soulagement de quelques semaines à quelques mois ; injections répétées limitées à ≤ 3 par an. |
| **Antalgiques opioïdes** | Tramadol 50–100 mg toutes les 6 h ; Oxycodone/paracétamol (cure courte uniquement) | Douleur aiguë sévère ne répondant à aucune autre mesure | **Dernier recours.** Les recommandations de l'ACP et du CDC déconseillent fortement les opioïdes pour la dorsalgie chronique en raison du risque de dépendance et de l'absence de bénéfice à long terme [6]. Cure courte (≤ 3–5 jours) uniquement lorsque les bénéfices l'emportent clairement sur les risques. |
**Qui prescrit :** Les médecins généralistes, les chirurgiens orthopédistes, les médecins physiques et de réadaptation (MPR), les neurologues et les spécialistes de la douleur peuvent prescrire ou orienter selon la complexité du cas.
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## Examens biologiques habituellement prescrits
La plupart des dorsalgies aiguës non spécifiques ne nécessitent **pas** d'examens biologiques ni d'imagerie. Les examens sont prescrits en présence de signes d'alerte, lorsque la douleur persiste au-delà de 4 à 6 semaines, ou lorsqu'un diagnostic spécifique est suspecté [3].
| Examen | Justification | Quand le prescrire |
|---|---|---|
| **Numération formule sanguine (NFS)** ([détails](/tests/complete-blood-count)) | Une leucocytose peut évoquer une infection ; une anémie peut orienter vers une néoplasie ou une maladie chronique | Fièvre, perte de poids inexpliquée, suspicion d'infection ou de tumeur |
| **Vitesse de sédimentation (VS)** ([détails](/tests/esr)) | Marqueur inflammatoire non spécifique ; élevée en cas d'infection, de néoplasie et de spondyloarthropathie inflammatoire | Âge > 50 ans avec douleur d'apparition récente, suspicion de spondylarthrite ankylosante |
| **Protéine C-réactive (CRP)** ([détails](/tests/crp)) | Réactant de phase aiguë plus spécifique que la VS ; s'élève rapidement en cas d'infection bactérienne | Suspicion de discite, d'abcès épidural ou d'ostéomyélite |
| **HLA-B27** ([détails](/tests/hla-b27)) | Positif chez environ 90 % des patients atteints de spondylarthrite ankylosante (populations caucasiennes) | Adulte jeune (< 45 ans) avec dorsalgie de type inflammatoire (raideur matinale > 30 min, améliorée par l'exercice) |
| **Calcémie, phosphatases alcalines, phosphatémie** | Dépistage des maladies osseuses métaboliques (maladie de Paget, ostéomalacie, hyperparathyroïdie) | Fracture par compression inexpliquée, douleurs osseuses diffuses |
| **Antigène prostatique spécifique (PSA)** ([détails](/tests/psa)) | Le cancer de la prostate métastase fréquemment au rachis lombaire | Hommes > 50 ans avec douleur progressive et signes d'alerte |
| **Analyse d'urine** ([détails](/tests/urinalysis)) | Une pathologie rénale (pyélonéphrite, lithiase rénale) peut se manifester par une douleur du flanc/dos | Douleur à la percussion de l'angle costovertébral, dysurie, hématurie |
| **Vitamine D (25-hydroxyvitamine D)** ([détails](/tests/vitamin-d)) | Une carence peut contribuer aux douleurs musculosquelettiques chroniques et au risque d'ostéoporose | Douleur chronique, exposition solaire limitée, facteurs de risque d'ostéoporose |
| **Ostéodensitométrie (DEXA)** | Diagnostic de l'ostéoporose/ostéopénie — guide la prise en charge du risque fracturaire | Femmes ménopausées, hommes > 70 ans, ou toute personne ayant une fracture de fragilité |
**Notes sur l'imagerie :** Les radiographies standard sont l'examen de première intention en cas de suspicion de fracture ou d'anomalie structurelle. L'IRM est l'examen de référence pour l'évaluation de la pathologie discale, de la compression médullaire, des infections et des tumeurs. Le scanner est utilisé lorsque l'IRM est contre-indiquée. L'imagerie systématique pour une dorsalgie aiguë non spécifique n'est **pas recommandée** et peut conduire à des interventions inutiles [3][7].
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## Populations particulières
### Enfants et adolescents
La dorsalgie est moins fréquente chez l'enfant que chez l'adulte et justifie un seuil d'investigation plus bas. Les causes potentielles incluent la spondylolyse (fracture de fatigue de la pars interarticularis — fréquente chez les jeunes sportifs), la maladie de Scheuermann, la scoliose, les infections et, rarement, les tumeurs. **La posologie pédiatrique doit toujours être déterminée par le médecin de l'enfant** — ne pas extrapoler les doses adultes en vente libre. L'ibuprofène est généralement dosé à 5–10 mg/kg toutes les 6–8 heures chez l'enfant ≥ 6 mois (selon les recommandations de l'AAP), mais la confirmation par le clinicien est indispensable.
### Grossesse
La dorsalgie touche 50 à 80 % des femmes enceintes, en raison de la laxité ligamentaire hormonale (relaxine), du déplacement antérieur du centre de gravité et de la prise de poids. La prise en charge repose sur des approches non pharmacologiques :
- Yoga prénatal et exercices aquatiques
- Ceintures de soutien pelvien
- Kinésithérapie
**Considérations médicamenteuses pendant la grossesse :**
- **Paracétamol** — généralement considéré comme l'antalgique oral le plus sûr (catégorie FDA non formellement attribuée depuis le changement d'étiquetage de 2015, mais historiquement catégorie B).
- **AINS** — doivent être évités après 20 semaines d'aménorrhée en raison du risque de fermeture prématurée du canal artériel et d'oligoamnios (communication de sécurité de la FDA, 2020) [8]. Utilisation avant 20 semaines uniquement avec l'accord du clinicien.
- **Myorelaxants** — données de sécurité limitées ; généralement évités.
- **Opioïdes** — associés au syndrome de sevrage néonatal ; utilisation uniquement sous supervision spécialisée.
L'ACOG recommande une approche multimodale, principalement non pharmacologique [9].
### Personnes âgées (≥ 65 ans)
Les adultes âgés présentent des risques accrus liés à la fois aux causes de dorsalgie (fracture ostéoporotique, sténose rachidienne, néoplasie) et aux traitements :
- **AINS :** Risque accru d'hémorragie digestive, d'insuffisance rénale et d'événements cardiovasculaires. Utiliser la dose efficace la plus faible pendant la durée la plus courte. Envisager les AINS topiques comme alternative plus sûre.
- **Myorelaxants :** Inscrits sur les **critères de Beers** comme potentiellement inappropriés chez le sujet âgé en raison de la sédation et du risque de chute.
- **Opioïdes :** Sensibilité accrue ; débuter à 25–50 % de la dose adulte habituelle. Risque de chute et de dépression respiratoire majoré.
- **Paracétamol :** Généralement préféré comme antalgique oral de première intention, mais la dose maximale peut devoir être réduite à 2000 mg/jour chez les patients présentant une insuffisance hépatique ou une consommation d'alcool.
- Privilégier la kinésithérapie, la prévention des chutes et le traitement de l'ostéoporose (bisphosphonates, calcium, vitamine D) lorsque indiqué.
### Sportifs
La dorsalgie liée au sport est fréquente, en particulier dans les disciplines impliquant des mouvements répétitifs d'extension et de rotation (gymnastique, cricket, tennis). Points clés :
- Une **spondylolyse** doit être suspectée chez tout jeune sportif présentant une lombalgie provoquée par l'extension persistant > 2 semaines. La TEMP-TDM ou l'IRM est la modalité diagnostique de choix.
- Le repos relatif de l'activité en cause, le port d'un corset et la rééducation progressive sont les piliers du traitement.
- Les AINS doivent être utilisés avec prudence autour des compétitions en raison du risque de masquer une blessure. Certaines organisations sportives ont des réglementations concernant des médicaments spécifiques.
- Les décisions de retour au sport doivent être guidées par un médecin du sport.
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## Quand consulter
Utilisez les seuils suivants comme guide général :
### Consultation le jour même chez le médecin généraliste
- Nouvelle dorsalgie avec tout signe d'alerte (voir ci-dessus) ne mettant pas immédiatement en jeu le pronostic vital
- Douleur persistant au-delà de 4 à 6 semaines sans amélioration malgré l'automédication
- Symptômes neurologiques légers (fourmillements, engourdissements intermittents) sans déficit moteur
- Épisodes récurrents interférant avec les activités quotidiennes ou le travail
### Consultation urgente (le jour même ou sous 24 heures)
- Douleur radiculaire modérée du membre inférieur avec engourdissement ou faiblesse d'apparition récente
- Dorsalgie avec fièvre < 38,5 °C et absence d'instabilité hémodynamique
- Douleur faisant suite à un traumatisme modéré (p. ex. blessure sportive, chute de sa hauteur)
- Impossibilité de se mettre en charge ou d'effectuer les activités de la vie quotidienne
### Urgences / Appelez le 15 ou le 112
- **Syndrome de la queue de cheval** : anesthésie en selle, troubles vésicosphinctériens, faiblesse bilatérale des membres inférieurs
- Suspicion d'abcès ou d'hématome épidural rachidien (fièvre + déficit neurologique, en particulier chez les patients immunodéprimés ou sous anticoagulants)
- Traumatisme sévère (mécanisme à haute énergie — accident de la voie publique, chute de hauteur)
- Signes de rupture d'anévrisme de l'aorte abdominale (douleur déchirante sévère, hypotension, masse pulsatile)
- Apparition aiguë d'une faiblesse sévère ou d'une paralysie des membres inférieurs
**Règle générale :** En cas de doute, il est préférable de consulter trop tôt que trop tard. Une évaluation précoce des signes d'alerte peut sauver la vie et préserver la fonction.
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## Références
[1] GBD 2017 Disease and Injury Incidence and Prevalence Collaborators. Global, regional, and national incidence, prevalence, and years lived with disability for 354 diseases and injuries for 195 countries and territories, 1990–2017: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2017. *Lancet*. 2018;392(10159):1789-1858. PMID:30496104.
[2] Hartvigsen J, Hancock MJ, Kongsted A, et al. What low back pain is and why we need to pay attention. *Lancet*. 2018;391(10137):2356-2367. PMID:29573870.
[3] Maher C, Underwood M, Buchbinder R. Non-specific low back pain. *Lancet*. 2017;389(10070):736-747. PMID:27745712.
[4] Williams CM, Maher CG, Latimer J, et al. Efficacy of paracetamol for acute low-back pain: a double-blind, randomised controlled trial (PACE). *Lancet*. 2014;384(9954):1586-1596. PMID:25064594.
[5] Deyo RA, Mirza SK. Clinical practice. Herniated lumbar intervertebral disk. *N Engl J Med*. 2016;374(18):1763-1772. PMID:27144851.
[6] Qaseem A, Wilt TJ, McLean RM, Forciea MA; Clinical Guidelines Committee of the American College of Physicians. Noninvasive treatments for acute, subacute, and chronic low back pain: a clinical practice guideline from the American College of Physicians. *Ann Intern Med*. 2017;166(7):514-530. PMID:28192789.
[7] National Institute for Health and Care Excellence (NICE). Low back pain and sciatica in over 16s: assessment and management. NICE guideline [NG59]. Published November 2016, updated December 2020. Available at: https://www.nice.org.uk/guidance/ng59.
[8] U.S. Food and Drug Administration. FDA Drug Safety Communication: FDA recommends avoiding use of NSAIDs in pregnancy at 20 weeks or later. October 2020. Available at: https://www.fda.gov/drugs/drug-safety-and-availability.
[9] American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG). ACOG Committee Opinion No. 711: Opioid use and opioid use disorder in pregnancy. *Obstet Gynecol*. 2017;130(2):e81-e94. PMID:28742676.
[10] Foster NE, Anema JR, Cherkin D, et al. Prevention and treatment of low back pain: evidence, challenges, and promising directions. *Lancet*. 2018;391(10137):2368-2383. PMID:29573872.
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*Dernière révision : avril 2026. Cet article est révisé par des pairs et destiné à des fins d'information générale. Il ne constitue pas un avis médical. Consultez votre professionnel de santé pour des recommandations personnalisées.*