## Aperçu général
La fièvre — médicalement appelée **pyrexie** (CIM-10 : R50) — est définie comme une élévation de la température corporelle centrale au-dessus du point de consigne normal, généralement admise comme **≥ 38,0 °C (100.4 °F)** mesurée par voie orale ou rectale [1]. C'est l'un des motifs les plus fréquents de recherche d'informations médicales en ligne et l'un des principaux motifs de consultation en médecine de premier recours et dans les services d'urgence à travers le monde.
Historiquement, la référence de température corporelle « normale » a été établie à 37,0 °C (98.6 °F) par Carl Wunderlich en 1868. Cependant, une étude de référence publiée en 1992 dans le JAMA par Mackowiak et al. a démontré que la température orale moyenne réelle chez les adultes en bonne santé est plus proche de **36,8 °C (98.2 °F)**, avec une variation individuelle et nycthémérale significative [1]. Des données plus récentes suggèrent que la température corporelle humaine moyenne pourrait avoir diminué d'environ 0,03 °C par décennie de naissance depuis le XIXe siècle [2].
La fièvre n'est pas une maladie mais une **réponse physiologique** — généralement déclenchée par une infection, une inflammation ou une lésion tissulaire. Elle est orchestrée par l'hypothalamus en réponse à des pyrogènes endogènes tels que l'interleukine-1 (IL-1), l'interleukine-6 (IL-6) et le facteur de nécrose tumorale alpha (TNF-α), qui élèvent le point de consigne thermorégulateur [3]. Les données évolutives suggèrent que la fièvre pourrait jouer un rôle protecteur en renforçant la fonction immunitaire et en inhibant la réplication des agents pathogènes [4].
Malgré sa nature généralement bénigne, la fièvre suscite naturellement des inquiétudes — surtout lorsqu'elle est élevée, prolongée ou survient chez des populations vulnérables telles que les nourrissons, les personnes âgées ou les patients immunodéprimés. Cet article propose un aperçu fondé sur les preuves des causes de la fièvre, des mesures d'auto-soins, des options médicamenteuses et des indications claires sur le moment de consulter un professionnel de santé.
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## Causes fréquentes
La fièvre résulte de la libération de cytokines pyrogènes qui agissent sur le centre thermorégulateur hypothalamique. Les causes les plus fréquentes, classées approximativement par prévalence dans la population générale, comprennent :
### 1. Infections virales (les plus fréquentes)
Les infections des voies respiratoires supérieures (rhume, grippe, COVID-19), les gastro-entérites et autres syndromes viraux représentent la **majorité** des fièvres aiguës. Les motifs moléculaires associés aux pathogènes viraux (PAMPs) activent les récepteurs de type Toll sur les cellules immunitaires, déclenchant la libération de cytokines et l'élévation du point de consigne hypothalamique [3].
### 2. Infections bactériennes
Les infections urinaires, les pneumonies, les infections cutanées et des tissus mous (cellulite), les sinusites et les pharyngites à streptocoque sont les principales causes bactériennes. Le lipopolysaccharide (LPS) bactérien est l'un des pyrogènes exogènes les plus puissants connus [3]. La bactériémie et le sepsis représentent l'extrémité la plus dangereuse de ce spectre.
### 3. Affections inflammatoires et auto-immunes
La polyarthrite rhumatoïde, le lupus érythémateux disséminé (LED), les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin et les vascularites peuvent provoquer des fièvres chroniques ou récurrentes. Le mécanisme implique une production persistante de cytokines endogènes en l'absence d'infection.
### 4. Fièvre d'origine médicamenteuse
De nombreux médicaments peuvent provoquer de la fièvre, notamment certains antibiotiques (bêta-lactamines, sulfamides), anticonvulsivants (phenytoin) et biothérapies. La fièvre médicamenteuse se résout généralement dans les 48 à 72 heures suivant l'arrêt du médicament [5].
### 5. Néoplasies
Les lymphomes (en particulier le lymphome de Hodgkin, classiquement associé à la fièvre de Pel-Ebstein), les leucémies, le carcinome à cellules rénales et le carcinome hépatocellulaire peuvent se manifester par de la fièvre due à des cytokines d'origine tumorale ou à une nécrose.
### 6. Fièvre postopératoire et post-procédurale
Une fièvre modérée dans les 48 premières heures suivant une intervention chirurgicale est fréquente et souvent non infectieuse, attribuée au traumatisme tissulaire et à la cascade inflammatoire résultante. Une fièvre persistant au-delà de 48 à 72 heures justifie une investigation à la recherche d'une infection du site opératoire, d'une pneumonie ou d'une maladie thromboembolique veineuse.
### 7. Pathologies liées à la chaleur
Le coup de chaleur et l'épuisement par la chaleur impliquent une défaillance de la thermorégulation plutôt qu'une élévation du point de consigne hypothalamique. Ce sont des urgences médicales qui représentent une **hyperthermie**, et non une véritable pyrexie, bien qu'ils se présentent avec une température élevée.
### 8. Fièvre d'origine indéterminée (FOI)
Classiquement définie comme une fièvre > 38,3 °C à plusieurs reprises, durant > 3 semaines, sans diagnostic après 1 semaine d'investigation hospitalière [6]. Les bilans modernes de FOI identifient des infections (~30 %), des néoplasies (~20 %), des affections auto-immunes (~15 %) et des causes diverses ; environ 15 à 20 % restent sans diagnostic.
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## SIGNES D'ALERTE
Les signes suivants accompagnant la fièvre nécessitent une **prise en charge médicale immédiate** (service d'urgence ou appel des services de secours) :
- **Température ≥ 40,0 °C (104 °F)** chez l'adulte ne répondant pas aux antipyrétiques
- **Température ≥ 38,0 °C (100.4 °F) chez le nourrisson de moins de 3 mois** — toujours une urgence
- **Raideur de la nuque avec céphalées et photophobie** — peut indiquer une méningite
- **Éruption pétéchiale ou purpurique** (petites taches ne s'effaçant pas à la pression) — peut indiquer une méningococcémie ou une autre infection potentiellement mortelle
- **Détresse respiratoire sévère**, douleur thoracique ou saturation en oxygène < 92 %
- **Altération de l'état de conscience** : confusion, léthargie, difficulté à réveiller le patient ou convulsions
- **Convulsion fébrile durant > 5 minutes** ou convulsions récurrentes
- **Signes de sepsis** : fréquence cardiaque rapide (> 100 bpm), polypnée, sensation de malaise intense, peau marbrée ou cyanosée
- **Immunodépression** avec toute fièvre (p. ex., chimiothérapie en cours, greffe d'organe, VIH avec taux de CD4 bas, corticothérapie à forte dose)
- **Chirurgie récente ou procédure invasive** avec fièvre en augmentation
- **Douleur abdominale sévère** avec fièvre — peut indiquer une appendicite, une cholécystite ou une perforation intestinale
- **Incapacité à maintenir une hydratation orale** avec signes de déshydratation (diurèse minimale, muqueuses sèches, vertiges)
- **Fièvre persistant > 3 jours** sans cause identifiable
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## Soins à domicile
Pour les adultes en bonne santé présentant une fièvre légère à modérée (38,0–39,4 °C / 100.4–103 °F), les mesures non pharmacologiques suivantes fondées sur les preuves peuvent apporter un soulagement :
### Hydratation
La fièvre augmente les pertes hydriques insensibles par la transpiration et l'augmentation de la fréquence respiratoire. Un apport hydrique adéquat — eau, bouillons clairs, solutions de réhydratation orale et jus dilués — est la mesure d'auto-soins **la plus importante**. Les adultes doivent viser un apport supplémentaire de 500 à 1000 mL de liquide par jour au-dessus de leurs besoins de base pendant un épisode fébrile.
### Repos
La fièvre augmente la demande métabolique d'environ 10 à 12 % pour chaque élévation de 1 °C. Le repos physique réduit la charge métabolique et soutient la fonction immunitaire.
### Enveloppements tièdes
Des bains à l'éponge avec de l'eau tiède (pas froide) peuvent apporter un soulagement symptomatique en favorisant le refroidissement par évaporation. **Évitez** l'eau froide ou les bains de glace, car ils peuvent provoquer des frissons, augmentant paradoxalement la température centrale et provoquant un inconfort. Les preuves en faveur des enveloppements tièdes sont limitées, et les recommandations les préconisent généralement uniquement en complément des antipyrétiques lorsqu'un soulagement est nécessaire [7].
### Vêtements légers et environnement adapté
Portez des vêtements légers et respirants et maintenez une température ambiante confortable. Évitez de trop se couvrir, ce qui peut entraver la dissipation de la chaleur.
### Alimentation
Mangez selon votre appétit. Il n'existe pas de preuve solide pour l'adage « nourrir un rhume, affamer une fièvre ». Des aliments nutritifs et faciles à digérer favorisent la guérison.
### Ce qu'il faut éviter
- **Frictions à l'alcool** — risque de toxicité par absorption cutanée et inhalation
- **Aspirine chez les enfants ou les adolescents** — risque de syndrome de Reye
- **Activité physique excessive** pendant un épisode fébrile aigu
- **Trop se couvrir** ou prendre des bains très chauds
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## Médicaments en vente libre
Les antipyrétiques en vente libre agissent en inhibant la synthèse des prostaglandines, abaissant ainsi le point de consigne thermique hypothalamique. Les deux principales classes sont :
| Classe | Exemple | Posologie adulte habituelle | Mécanisme | Points clés |
|---|---|---|---|---|
| **Acétaminophène (Paracétamol)** | Tylenol, Panadol | 500–1000 mg toutes les 4–6 heures (max 3000–4000 mg/jour) | Inhibe les enzymes COX centrales et la synthèse de prostaglandine E2 dans l'hypothalamus | Antipyrétique de première intention. Ne pas dépasser 3 g/jour chez les patients atteints de maladie hépatique ou consommant régulièrement de l'alcool. Risque d'hépatotoxicité en cas de surdosage [5]. |
| **Ibuprofen** (AINS) | Advil, Motrin | 200–400 mg toutes les 4–6 heures (max 1200 mg/jour en automédication) | Inhibe les COX-1 et COX-2, réduisant la synthèse des prostaglandines en périphérie et au niveau central | Antipyrétique efficace avec propriétés anti-inflammatoires. À éviter en cas d'insuffisance rénale, d'hémorragie digestive active, au troisième trimestre de grossesse et en cas de risque cardiovasculaire. À prendre avec de la nourriture. |
| **Naproxen** (AINS) | Aleve | 220 mg toutes les 8–12 heures (max 660 mg/jour en automédication) | Même mécanisme que l'ibuprofen ; durée d'action plus longue | La demi-vie plus longue permet une prise moins fréquente. Mêmes contre-indications que l'ibuprofen. |
| **Aspirine** (AINS) | Bayer, Bufferin | 325–650 mg toutes les 4–6 heures (max 4000 mg/jour) | Inhibition irréversible des COX-1 et COX-2 | Efficace mais généralement non recommandée en première intention pour la fièvre seule. **Contre-indiquée chez les enfants et les adolescents** en raison du risque de syndrome de Reye. À éviter en cas d'ulcère gastroduodénal actif ou de troubles de la coagulation. |
### Alternance ou association de paracétamol et d'ibuprofen
Certaines données cliniques suggèrent que l'alternance de paracétamol et d'ibuprofen peut produire une réduction de température plus importante que l'un ou l'autre agent seul. L'Académie américaine de pédiatrie (AAP) a noté que cette approche peut être utilisée avec prudence, bien qu'elle comporte un risque accru d'erreurs de dosage [7]. En cas d'alternance, respectez un intervalle d'au moins 3 heures entre les agents et suivez attentivement les doses.
### Rappels importants
- Lisez toujours les étiquettes pour éviter un double dosage de paracétamol (de nombreux produits combinés contre le rhume/la grippe en contiennent)
- Les AINS doivent généralement être pris avec de la nourriture pour réduire l'irritation gastro-intestinale
- La fièvre en elle-même n'est généralement pas dangereuse en dessous de 40 °C ; l'objectif principal des antipyrétiques est le **confort**, et non la normalisation de la température [4][7]
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## Options sur ordonnance
Les médicaments sur ordonnance ne sont pas utilisés pour traiter la fièvre *en soi* mais plutôt pour traiter **la cause sous-jacente** de la fièvre. Les scénarios courants comprennent :
| Classe | Exemples | Indication | Notes pour le prescripteur |
|---|---|---|---|
| **Antibiotiques** | Amoxicillin, azithromycin, ciprofloxacin, ceftriaxone | Infection bactérienne confirmée ou fortement suspectée | Le choix dépend du site d'infection, des profils de résistance locaux et des résultats de culture. Ne jamais s'automédiquer avec des antibiotiques restants. |
| **Antiviraux** | Oseltamivir (Tamiflu), nirmatrelvir/ritonavir (Paxlovid), acyclovir | Grippe, COVID-19, herpès simplex, varicelle-zona | Plus efficaces lorsqu'ils sont instaurés précocement (dans les 48 heures suivant l'apparition des symptômes pour la grippe). |
| **Antifongiques** | Fluconazole, amphotericin B, voriconazole | Infections fongiques systémiques (souvent chez les patients immunodéprimés) | Peuvent nécessiter l'avis d'un spécialiste (infectiologue). |
| **Corticostéroïdes** | Prednisone, dexamethasone, methylprednisolone | Causes auto-immunes/inflammatoires de fièvre ; traitement adjuvant dans certaines infections (p. ex., dexamethasone dans la méningite bactérienne) | Anti-inflammatoires et immunosuppresseurs ; l'utilisation doit être soigneusement mise en balance avec le risque infectieux. |
| **DMARD / Biothérapies** | Methotrexate, anakinra, tocilizumab | Fièvres d'origine auto-immune (p. ex., maladie de Still, polyarthrite rhumatoïde) | Généralement prescrits par des rhumatologues ou d'autres spécialistes. |
| **Antipyrétiques (doses hospitalières)** | Indomethacin, ketorolac | Fièvre réfractaire, fièvre néoplasique | Utilisés dans des contextes cliniques spécifiques, souvent en milieu hospitalier. |
Le traitement sur ordonnance doit toujours être guidé par l'évaluation d'un professionnel de santé, incluant l'anamnèse, l'examen clinique et les examens complémentaires appropriés.
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## Examens biologiques habituellement prescrits
Lorsqu'un professionnel de santé évalue un patient fébrile, les examens suivants peuvent être envisagés selon le contexte clinique :
| Examen | Justification |
|---|---|
| **Numération formule sanguine (NFS) avec formule leucocytaire** | Une élévation des globules blancs (GB) suggère une infection ou une inflammation ; des profils spécifiques (polynucléose neutrophile, lymphocytose, éosinophilie) aident à affiner le diagnostic différentiel. Voir [NFS](/tests/complete-blood-count). |
| **Protéine C-réactive (CRP)** | Protéine de la phase aiguë ; des taux élevés indiquent une inflammation systémique ou une infection. Utile pour le suivi de la réponse au traitement. Voir [CRP](/tests/c-reactive-protein). |
| **Vitesse de sédimentation (VS)** | Marqueur non spécifique d'inflammation ; peut être élevée en cas d'infection, de maladie auto-immune et de néoplasie. Voir [VS](/tests/erythrocyte-sedimentation-rate). |
| **Hémocultures** | Essentielles lorsqu'une bactériémie ou un sepsis est suspecté. Doivent être prélevées **avant** l'instauration d'une antibiothérapie lorsque c'est possible. |
| **Analyse d'urine et uroculture** | L'infection urinaire est une cause fréquente de fièvre, en particulier chez les femmes, les personnes âgées et les patients porteurs d'une sonde urinaire. Voir [Analyse d'urine](/tests/urinalysis). |
| **Radiographie thoracique** | Pour évaluer la présence d'une pneumonie, d'un abcès pulmonaire ou d'un épanchement pleural lorsque des symptômes respiratoires accompagnent la fièvre. |
| **Procalcitonine** | Biomarqueur pouvant aider à distinguer une infection bactérienne d'une infection virale ; des taux élevés (> 0,5 ng/mL) suggèrent une étiologie bactérienne. Voir [Procalcitonine](/tests/procalcitonin). |
| **Lactate** | Élevé en cas de sepsis et d'hypoperfusion tissulaire ; important pour la stratification du risque. |
| **Bilan hépatique** | L'hépatite, l'abcès hépatique et l'angiocholite peuvent se manifester par de la fièvre. Voir [Bilan hépatique](/tests/liver-function-tests). |
| **Sérologie VIH** | À envisager en cas de fièvre persistante inexpliquée, surtout en présence de facteurs de risque. |
| **Goutte épaisse et frottis sanguin (paludisme)** | Chez les patients ayant voyagé dans des zones endémiques. |
| **ANA, FR et autres bilans auto-immuns** | Lorsque l'infection a été exclue et qu'une étiologie auto-immune est suspectée. |
Le bilan est adapté à la présentation clinique. Une fièvre de 2 à 3 jours chez un adulte par ailleurs en bonne santé avec des symptômes viraux évidents ne nécessite généralement aucun examen biologique.
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## Populations particulières
### Enfants et nourrissons
La fièvre est extrêmement fréquente en pédiatrie, et l'anxiété parentale — parfois appelée « phobie de la fièvre » — conduit souvent à des consultations aux urgences non nécessaires. Points clés à retenir :
- **Nouveau-nés (0–28 jours) :** Toute fièvre ≥ 38,0 °C (100.4 °F) est une urgence médicale nécessitant une évaluation urgente comprenant hémocultures, uroculture et ponction lombaire, car le risque d'infection bactérienne grave est significatif [7].
- **Nourrissons de 1 à 3 mois :** La fièvre nécessite une évaluation médicale rapide (le jour même), bien que l'approche puisse être moins agressive que chez le nouveau-né selon l'état clinique et les biomarqueurs disponibles.
- **Enfants de 3 mois à 5 ans :** Les recommandations NICE sur la fièvre chez l'enfant (CG160) proposent un système de feux tricolores (vert/orange/rouge) basé sur les caractéristiques cliniques pour guider la prise en charge [8].
- **Posologie des antipyrétiques chez l'enfant :** Le paracétamol et l'ibuprofen sont les antipyrétiques recommandés. Les doses doivent être **calculées selon le poids** et déterminées par un pédiatre ou un pharmacien. **L'aspirine est contre-indiquée** chez les enfants de moins de 16 ans en raison du risque de syndrome de Reye [7].
- **Convulsions fébriles :** Elles surviennent chez environ 2 à 5 % des enfants âgés de 6 mois à 5 ans. Les convulsions fébriles simples (< 15 minutes, généralisées, épisode unique) sont généralement bénignes et n'augmentent pas le risque d'épilepsie. Les antipyrétiques prophylactiques n'ont **pas** démontré leur efficacité pour prévenir les convulsions fébriles [7].
### Grossesse
La fièvre pendant la grossesse nécessite une attention particulière :
- **La fièvre au premier trimestre** a été associée à un risque accru d'anomalies du tube neural et d'autres malformations congénitales dans certaines études épidémiologiques, bien que le risque absolu reste faible [9].
- **Le paracétamol** est généralement considéré comme l'antipyrétique le plus sûr pendant la grossesse (bien que des discussions récentes aient soulevé des questions sur l'utilisation prolongée, l'utilisation à court terme pour la fièvre reste recommandée).
- **Les AINS** (ibuprofen, naproxen) doivent être **évités au troisième trimestre** en raison du risque de fermeture prématurée du canal artériel. La FDA a émis une communication de sécurité en 2020 déconseillant l'utilisation des AINS après 20 semaines de gestation [10].
- **L'aspirine** est généralement évitée pendant la grossesse, sauf à faible dose pour des indications spécifiques (p. ex., prévention de la prééclampsie).
- Toute fièvre pendant la grossesse doit amener à contacter un professionnel de santé obstétricale pour évaluer la cause sous-jacente et assurer une prise en charge appropriée.
### Personnes âgées (≥ 65 ans)
- Les personnes âgées peuvent présenter une **réponse fébrile atténuée** — une température centrale de 37,8 °C (100 °F) ou même une élévation de 1,1 °C au-dessus de la valeur de base peut représenter une fièvre significative dans cette population [6].
- La fièvre chez la personne âgée est plus susceptible d'indiquer une infection bactérienne grave (pneumonie, infection urinaire, endocardite) et est associée à une morbi-mortalité plus élevée.
- Le risque de déshydratation est accru ; une réhydratation active est essentielle.
- La polymédication augmente le risque de fièvre médicamenteuse et d'interactions médicamenteuses avec les antipyrétiques.
- Les AINS présentent un risque accru d'insuffisance rénale, d'hémorragie digestive et d'événements cardiovasculaires chez les personnes âgées et doivent être utilisés avec prudence et à la dose efficace la plus faible.
### Sportifs
- L'exercice intense peut élever la température corporelle centrale à 39–40 °C de manière transitoire ; il s'agit d'une **hyperthermie d'effort**, et non d'une véritable fièvre, qui se résout avec le repos et le refroidissement.
- Les sportifs ne doivent **pas s'entraîner ni participer à des compétitions** pendant un épisode fébrile. L'exercice lors d'une infection aiguë augmente le risque de myocardite (en particulier lors d'infections virales), de déshydratation et de pathologies liées à la chaleur.
- La reprise de l'entraînement doit être progressive et uniquement après la résolution de la fièvre depuis au moins 24 heures sans antipyrétiques.
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## Quand consulter
Utilisez les seuils suivants comme guide général. Les circonstances individuelles peuvent justifier une évaluation plus précoce.
### Consultation chez le médecin traitant le jour même
- Fièvre durant plus de **48 à 72 heures** sans amélioration
- Fièvre accompagnée de symptômes localisés suggérant une infection traitable (p. ex., miction douloureuse, toux productive, mal de gorge avec exsudat)
- Fièvre modérée (37,8–38,5 °C) persistant depuis **plus d'une semaine**
- Fièvre avec nouvelle éruption cutanée (non pétéchiale)
- Fièvre chez une personne atteinte de maladies chroniques (diabète, BPCO, insuffisance cardiaque)
### Consultation en urgence (le jour même, horaires étendus)
- Température de **39,4–40,0 °C (103–104 °F)** ne répondant pas aux antipyrétiques en vente libre dans les 1 à 2 heures
- Fièvre avec déshydratation modérée (diminution de la diurèse, vertiges)
- Fièvre avec douleur significative de l'oreille, des sinus ou de la gorge
- Fièvre réapparaissant après une amélioration initiale (peut suggérer une surinfection)
### Service d'urgence / 15 (SAMU)
- Température **≥ 40,0 °C (104 °F)** ne répondant pas au traitement
- Tout signe d'alerte mentionné ci-dessus (altération de l'état de conscience, raideur de la nuque, éruption pétéchiale, détresse respiratoire, signes de sepsis)
- Fièvre chez le **nourrisson de moins de 3 mois** — toujours
- Fièvre chez les patients immunodéprimés
- Convulsion fébrile durant > 5 minutes ou convulsions multiples
- Fièvre avec douleur abdominale sévère, douleur thoracique ou nouveaux symptômes neurologiques
**En cas de doute, privilégiez la consultation médicale.** La fièvre est habituellement bénigne, mais sa cause sous-jacente peut ne pas l'être.
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## Références
[1] Mackowiak PA, Wasserman SS, Levine MM. A critical appraisal of 98.6°F, the upper limit of the normal body temperature, and other legacies of Carl Reinhold August Wunderlich. *JAMA*. 1992;268(12):1578-1580. PMID:1302471.
[2] Protsiv M, Ley C, Lankester J, Hastie T, Parsonnet J. Decreasing human body temperature in the United States since the Industrial Revolution. *eLife*. 2020;9:e49555. PMID:31908267.
[3] Dinarello CA. Infection, fever, and exogenous and endogenous pyrogens: some concepts have changed. *J Endotoxin Res*. 2004;10(4):201-222. PMID:15373964.
[4] Evans SS, Repasky EA, Fisher DT. Fever and the thermal regulation of immunity: the immune system feels the heat. *Nat Rev Immunol*. 2015;15(6):335-349. PMID:25976513.
[5] Patel RA, Gallagher JC. Drug fever. *Pharmacotherapy*. 2010;30(1):57-69. PMID:20030474.
[6] Cunha BA. Fever of unknown origin: focused diagnostic approach based on clinical clues from the history, physical examination, and laboratory tests. *Infect Dis Clin North Am*. 2007;21(4):1137-1187. PMID:18061092.
[7] Sullivan JE, Farrar HC; Section on Clinical Pharmacology and Therapeutics, Committee on Drugs. Fever and antipyretic use in children. *Pediatrics*. 2011;127(3):580-587. PMID:21357332.
[8] National Institute for Health and Care Excellence (NICE). Fever in under 5s: assessment and initial management. Clinical guideline CG160. Updated 2021. Available at: https://www.nice.org.uk/guidance/ng143.
[9] Dreier JW, Andersen AM, Berg-Beckhoff G. Systematic review and meta-analyses: fever in pregnancy and health impacts in the offspring. *Pediatrics*. 2014;133(3):e674-e688. PMID:24567014.
[10] U.S. Food and Drug Administration. FDA recommends avoiding use of NSAIDs in pregnancy at 20 weeks or later. Drug Safety Communication. October 2020. Available at: https://www.fda.gov/drugs/drug-safety-and-availability/fda-recommends-avoiding-use-nsaids-pregnancy-20-weeks-or-later.
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*Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié pour le diagnostic et le traitement des affections médicales. Contenu révisé par le comité consultatif médical de PillsCard.*