## Vue d'ensemble
La douleur thoracique (ICD-10 : R07) désigne toute gêne ou sensation anormale ressentie entre le cou et la partie supérieure de l'abdomen. Il s'agit de l'un des motifs de consultation les plus fréquents aux urgences dans le monde, représentant environ 5 à 8 millions de visites aux urgences par an aux États-Unis [1]. Ce symptôme varie d'une douleur aiguë et fugace à une pression sourde et persistante, et peut provenir du cœur, des poumons, de l'œsophage, des structures musculo-squelettiques ou des nerfs de la paroi thoracique.
La douleur thoracique est l'un des termes de santé les plus recherchés en ligne, car elle suscite une anxiété immédiate : les personnes craignent légitimement un infarctus du myocarde. Cependant, les études menées en médecine de premier recours montrent que **les causes musculo-squelettiques et gastro-intestinales représentent plus de la moitié de toutes les consultations pour douleur thoracique**, tandis que les étiologies cardiaques ne concernent qu'environ 8 à 18 % des cas évalués en consultation externe [2, 5]. Distinguer les causes bénignes des causes potentiellement mortelles est essentiel, et aucune ressource en ligne ne peut remplacer une évaluation médicale en personne.
> **Avertissement :** Cet article est à visée éducative uniquement. Si vous ressentez actuellement une douleur thoracique — en particulier accompagnée d'essoufflement, de sueurs ou d'une irradiation vers le bras ou la mâchoire — **appelez immédiatement les services d'urgence (15 / 112 / SAMU)**.
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## Causes fréquentes
Les causes de la douleur thoracique peuvent être regroupées selon le système organique impliqué. Elles sont classées ci-dessous approximativement par fréquence de présentation en consultation externe et aux urgences [2, 5].
### 1. Musculo-squelettiques (30–50 % des douleurs thoraciques en ambulatoire)
- **Costochondrite / douleur pariétale thoracique :** L'inflammation des jonctions costo-sternales ou costo-chondrales provoque une douleur localisée et reproductible à la palpation. C'est le diagnostic le plus fréquent lors des consultations de premier recours pour douleur thoracique.
- **Contracture musculaire :** La sollicitation excessive des muscles pectoraux ou intercostaux (par exemple, port de charges lourdes, nouveau programme d'exercice) entraîne des douleurs liées à l'activité.
- **Fracture ou contusion costale :** Un traumatisme ou une toux sévère peuvent fracturer les côtes, provoquant une douleur vive aggravée par les mouvements.
### 2. Gastro-intestinales (10–20 %)
- **Reflux gastro-œsophagien (RGO) :** Le reflux acide irrite la muqueuse œsophagienne, produisant une sensation de brûlure rétrosternale (« pyrosis ») qui peut imiter de près l'angor.
- **Spasme œsophagien :** La contraction non coordonnée du muscle lisse de l'œsophage provoque une douleur sous-sternale épisodique de type constrictif.
- **Ulcère gastroduodénal :** La douleur épigastrique peut être perçue comme une gêne thoracique basse.
### 3. Cardiaques (8–18 % en ambulatoire ; proportion plus élevée aux urgences)
- **Angor stable :** Le rétrécissement athérosclérotique des artères coronaires réduit l'apport en oxygène au myocarde lors de l'effort, produisant une douleur constrictive prévisible soulagée par le repos ou la nitroglycérine.
- **Syndrome coronarien aigu (SCA) :** La rupture de plaque et la formation de thrombus obstruent partiellement ou totalement une artère coronaire. Le SCA englobe l'angor instable, l'infarctus du myocarde sans sus-décalage du segment ST (NSTEMI) et l'infarctus du myocarde avec sus-décalage du segment ST (STEMI) [1, 4].
- **Péricardite :** L'inflammation du sac péricardique produit une douleur aiguë qui s'aggrave en décubitus dorsal et s'améliore en position penchée en avant.
- **Myocardite :** L'inflammation virale ou auto-immune du myocarde peut causer une douleur thoracique associée à des symptômes d'insuffisance cardiaque.
### 4. Pulmonaires (5–10 %)
- **Embolie pulmonaire (EP) :** Un caillot sanguin dans la vascularisation pulmonaire provoque une douleur thoracique pleurétique, une dyspnée et une tachycardie.
- **Pneumothorax :** La présence d'air dans l'espace pleural entraîne un collapsus pulmonaire, produisant une douleur unilatérale soudaine et vive.
- **Pneumonie / pleurésie :** L'infection ou l'inflammation du tissu pulmonaire ou de la plèvre provoque une douleur aggravée par la respiration ou la toux.
### 5. Psychologiques / fonctionnelles (10–30 %)
- **Trouble panique / anxiété :** L'activation sympathique lors des attaques de panique peut provoquer une oppression thoracique, des palpitations et une hyperventilation qui imitent de près les symptômes cardiaques.
- **Trouble à symptomatologie somatique :** Une douleur thoracique chronique médicalement inexpliquée peut être liée à une hypersensibilité viscérale.
### 6. Autres
- **Zona :** La réactivation du virus varicelle-zona dans un dermatome thoracique provoque une douleur unilatérale à type de brûlure qui peut précéder l'éruption cutanée de plusieurs jours.
- **Dissection aortique :** Une déchirure de l'intima aortique produit une douleur soudaine, « déchirante », irradiant vers le dos — une urgence chirurgicale.
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## SIGNES D'ALERTE
Consultez **immédiatement les services d'urgence (appelez le 15 / 112 / SAMU)** si la douleur thoracique s'accompagne de l'un des signes suivants :
- **Pression écrasante, constrictive ou pesante** au centre de la poitrine durant plus de quelques minutes
- **Irradiation** de la douleur vers le bras gauche, la mâchoire, le cou, l'épaule ou le dos
- **Dyspnée** au repos ou au moindre effort
- **Diaphorèse** (sueurs froides) sans lien avec la température ambiante ou l'exercice
- **Syncope ou pré-syncope** (perte de connaissance ou sensation de malaise)
- **Palpitations de novo** ou sensation de battements cardiaques rapides et irréguliers
- **Douleur soudaine et intense de type « déchirure »** irradiant vers le dos (évocatrice d'une dissection aortique)
- **Œdème unilatéral d'un membre inférieur** associé à une douleur thoracique pleurétique (évocateur d'une embolie pulmonaire)
- **Hémoptysie** (crachats de sang)
- **Cyanose** (coloration bleutée des lèvres ou des extrémités)
- **Antécédents connus de coronaropathie, d'insuffisance cardiaque ou d'intervention cardiaque récente** avec apparition de nouveaux symptômes thoraciques
- **Douleur non soulagée par trois doses de nitroglycérine** (chez les patients ayant une prescription de NTG sublinguale)
> **Important :** Les femmes, les personnes diabétiques et les personnes âgées peuvent présenter des **symptômes atypiques** tels qu'une fatigue isolée, des nausées, des dorsalgies ou une gêne épigastrique plutôt qu'une pression thoracique classique [3]. Un seuil bas de consultation est essentiel dans ces populations.
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## Prise en charge à domicile
Les mesures non pharmacologiques suivantes peuvent aider **uniquement après qu'une cause grave a été exclue** par un professionnel de santé.
### Pour la douleur thoracique musculo-squelettique
- **Repos et adaptation de l'activité :** Éviter les mouvements reproduisant la douleur (par exemple, port de charges lourdes, pompes) pendant 1 à 2 semaines.
- **Application locale de chaud ou de froid :** Appliquer une compresse chaude ou une poche de glace sur la zone douloureuse pendant 15 à 20 minutes, plusieurs fois par jour. Le froid est généralement privilégié durant les 48 premières heures ; la chaleur peut être plus apaisante par la suite.
- **Étirements doux :** Les étirements pectoraux dans l'encadrement d'une porte et les exercices d'extension thoracique peuvent soulager la tension costo-chondrale après la phase aiguë.
- **Correction posturale :** Une posture prolongée en antéflexion (travail de bureau) peut aggraver la douleur pariétale thoracique. Des ajustements ergonomiques peuvent aider.
### Pour la douleur thoracique liée au RGO
- **Surélever la tête du lit** de 15 à 20 cm à l'aide de cales ou d'un coussin compensé.
- **Éviter les aliments déclencheurs :** Les déclencheurs courants incluent les aliments épicés, les agrumes, les sauces à base de tomate, le chocolat, la caféine et l'alcool.
- **Ne pas manger dans les 2 à 3 heures précédant le coucher.**
- **Maintenir un poids santé :** L'obésité augmente la pression intra-abdominale et aggrave le reflux.
- **Porter des vêtements amples** au niveau de l'abdomen.
### Pour l'oppression thoracique liée à l'anxiété
- **Respiration diaphragmatique (abdominale) :** Inspirer lentement par le nez pendant 4 secondes, retenir pendant 4 secondes, expirer par la bouche pendant 6 secondes. Répéter pendant 5 minutes.
- **La relaxation musculaire progressive** et la réduction du stress basée sur la pleine conscience ont montré une diminution des symptômes thoraciques liés aux attaques de panique.
- **L'exercice aérobique régulier** (150 minutes par semaine d'activité modérée) est associé à une réduction de la sévérité de l'anxiété.
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## Médicaments en vente libre pouvant aider
Les options en vente libre sont appropriées **uniquement pour les douleurs thoraciques non cardiaques, évaluées par un clinicien**. Ne traitez jamais par automédication une douleur thoracique que vous suspectez d'origine cardiaque.
| Classe | Exemple | Posologie adulte habituelle | Mécanisme | Contre-indications principales / Notes |
|---|---|---|---|---|
| **AINS** | Ibuprofen (Advil, Nurofen) | 200–400 mg toutes les 4–6 h (max 1200 mg/jour en automédication) | Inhibe COX-1/2, réduisant l'inflammation et la douleur médiées par les prostaglandines | Éviter en cas de coronaropathie connue, insuffisance cardiaque, insuffisance rénale, hémorragie digestive active, troisième trimestre de grossesse. Utiliser la dose efficace la plus faible pour la durée la plus courte. |
| **AINS** | Naproxen (Aleve) | 220 mg toutes les 8–12 h (max 660 mg/jour en automédication) | Identique au précédent ; demi-vie plus longue permettant des prises moins fréquentes | Mêmes que pour l'ibuprofen ; pourrait présenter un risque cardiovasculaire légèrement inférieur parmi les AINS (déclaration de l'AHA) |
| **Paracétamol** | Paracétamol / Doliprane | 500–1000 mg toutes les 4–6 h (max 3000 mg/jour en usage régulier) | Analgésique central ; mécanisme non complètement élucidé ; ne réduit pas l'inflammation périphérique | Risque d'hépatotoxicité à doses suprathérapeutiques ; éviter en cas de consommation excessive d'alcool ou de maladie hépatique |
| **Antiacides** | Carbonate de calcium (Rennie), hydroxyde d'aluminium/magnésium (Maalox) | Selon les indications du conditionnement (par ex., 1–2 comprimés selon les besoins) | Neutralisent l'acide gastrique par contact | Durée d'action courte ; les produits à base de calcium peuvent causer une constipation ; ceux à base de magnésium peuvent causer une diarrhée |
| **Anti-H2** | Famotidine (Pepcid) | 10–20 mg une ou deux fois par jour | Bloque les récepteurs H2 de l'histamine sur les cellules pariétales, réduisant la sécrétion acide | Généralement bien toléré ; réduire la dose en cas d'insuffisance rénale |
| **Inhibiteur de la pompe à protons** | Omeprazole (Mopral) | 20 mg une fois par jour pendant 14 jours maximum | Inhibe de façon irréversible la H+/K+ ATPase (pompe à protons) des cellules pariétales | Pas de soulagement immédiat ; nécessite 1 à 4 jours pour un effet complet. Les cures en automédication ne doivent pas excéder 14 jours sans avis médical |
| **Antalgiques topiques** | Crèmes au menthol/salicylate de méthyle (Bengay, Icy Hot) | Appliquer sur la zone douloureuse de la paroi thoracique 3–4 fois par jour | Effet contre-irritant via activation des récepteurs TRPM8/TRPA1 ; légère vasodilatation locale | Éviter sur peau lésée ; ne pas utiliser avec des coussins chauffants (risque de brûlure) ; les produits au salicylate de méthyle comportent un risque de réactivité croisée avec l'allergie à l'aspirine |
> **Note concernant l'aspirine :** L'aspirine à faible dose (162–325 mg, croquée) est recommandée comme **traitement de premiers secours** lors d'un infarctus du myocarde suspecté selon les recommandations de l'AHA [3], mais ce n'est pas un traitement en automédication pour des douleurs thoraciques récurrentes. Ne prenez pas d'aspirine de façon régulière pour des douleurs thoraciques sans avis médical.
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## Options sur ordonnance
Les médicaments sur ordonnance sont adaptés au diagnostic sous-jacent. Le tableau suivant résume les principales classes utilisées lorsque la douleur thoracique a une étiologie confirmée nécessitant un traitement pharmacologique.
| Classe | Exemples | Indication | Prescripteur | Notes importantes |
|---|---|---|---|---|
| **Dérivés nitrés** | Nitroglycérine (comprimé sublingual, spray, patch), isosorbide mononitrate | Angor (soulagement aigu et prophylaxie) | Cardiologue, interniste, médecin généraliste | La NTG sublinguale agit en 1 à 3 min. Contre-indiquée avec les inhibiteurs de la PDE-5 (sildenafil, tadalafil) — risque d'hypotension sévère. |
| **Bêta-bloquants** | Metoprolol, atenolol, bisoprolol | Angor stable, SCA, contrôle de la fréquence cardiaque | Cardiologue, interniste | Réduisent la fréquence cardiaque et la demande myocardique en oxygène. Éviter l'arrêt brutal. |
| **Inhibiteurs calciques** | Amlodipine, diltiazem, verapamil | Angor vasospastique, angor stable (quand les bêta-bloquants sont contre-indiqués) | Cardiologue, interniste | Les dihydropyridines (amlodipine) sont préférées en cas de dysfonction ventriculaire gauche ; les non-dihydropyridines réduisent la fréquence cardiaque. |
| **Antiplaquettaires / anticoagulants** | Aspirine + clopidogrel/ticagrelor ; héparine, enoxaparine | SCA, post-angioplastie, EP | Cardiologue, hématologue, pneumologue | La durée de la bithérapie antiplaquettaire (DAPT) varie (généralement 6 à 12 mois après un SCA) [4]. |
| **Statines** | Atorvastatine, rosuvastatine | Coronaropathie, SCA | Cardiologue, interniste, médecin généraliste | Un traitement par statine de haute intensité est recommandé chez tous les patients présentant un SCA, quel que soit le taux de LDL initial [3]. |
| **IEC / ARA II** | Ramipril, lisinopril, valsartan | Post-infarctus avec dysfonction ventriculaire gauche, hypertension, insuffisance cardiaque | Cardiologue, interniste | Cardioprotecteurs ; réduisent le remodelage post-infarctus. |
| **Inhibiteurs de la pompe à protons (dosage Rx)** | Esomeprazole 40 mg, pantoprazole 40 mg | RGO sévère, œsophagite érosive | Gastro-entérologue, médecin généraliste | Peut être nécessaire pendant 8 à 12 semaines ; l'utilisation prolongée est associée à une déplétion en magnésium et un risque de fractures. |
| **Colchicine** | Colchicine 0.5 mg | Péricardite aiguë et récidivante | Cardiologue, interniste | Les essais COPE et CORP ont démontré que la colchicine réduit les récidives de péricardite d'environ 50 % [7]. |
| **Anxiolytiques / ISRS** | Sertraline, escitalopram ; benzodiazépines à court terme | Trouble panique, douleur thoracique liée à l'anxiété | Psychiatre, médecin généraliste | Les ISRS sont le traitement de première intention du trouble panique. Les benzodiazépines sont réservées à un traitement de relais à court terme en raison du risque de dépendance. |
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## Examens complémentaires habituellement prescrits
Le choix des examens dépend de la suspicion clinique. Voici les tests couramment prescrits lors de l'évaluation d'une douleur thoracique.
| Examen | Justification | Lien |
|---|---|---|
| **Troponine cardiaque hypersensible (hs-cTnI ou hs-cTnT)** | Biomarqueur de référence pour la lésion myocardique. Des dosages sériés (H0 et H1–H3) permettent de confirmer ou d'exclure un infarctus du myocarde avec une haute sensibilité [6]. | [Test de troponine](/tests/troponin) |
| **Électrocardiogramme (ECG)** | Identifie les modifications du segment ST, les arythmies et les anomalies de conduction. Doit être réalisé dans les 10 minutes suivant l'arrivée aux urgences en cas de douleur thoracique aiguë [3]. | [ECG](/tests/ecg) |
| **Radiographie thoracique** | Évalue la présence d'un pneumothorax, d'une pneumonie, d'un épanchement pleural, d'un élargissement du médiastin (dissection aortique) et d'une cardiomégalie. | [Radiographie thoracique](/tests/chest-xray) |
| **Numération formule sanguine (NFS)** | L'anémie peut aggraver l'angor ; une hyperleucocytose peut suggérer une infection ou une inflammation. | [NFS](/tests/cbc) |
| **Ionogramme sanguin et bilan métabolique de base** | Les déséquilibres électrolytiques (potassium, magnésium) peuvent provoquer des arythmies. La créatinine évalue la fonction rénale avant une imagerie avec injection de produit de contraste. | [Bilan métabolique de base](/tests/bmp) |
| **D-dimères** | Élevés en cas d'embolie pulmonaire, de dissection aortique et d'autres états thrombotiques. Surtout utiles lorsque la probabilité pré-test est faible à intermédiaire (score de Wells). | [D-dimères](/tests/d-dimer) |
| **BNP / NT-proBNP** | Élevés en cas d'insuffisance cardiaque ; aident à différencier une dyspnée d'origine cardiaque d'une dyspnée d'origine pulmonaire. | [BNP](/tests/bnp) |
| **Bilan lipidique** | Évalue les facteurs de risque cardiovasculaire (LDL, HDL, triglycérides) chez les patients présentant une coronaropathie suspectée ou confirmée. | [Bilan lipidique](/tests/lipid-panel) |
| **Angioscanner pulmonaire (angio-TDM)** | Imagerie de référence pour l'embolie pulmonaire lorsque la suspicion clinique est modérée à élevée. | [Angio-TDM pulmonaire](/tests/ct-pulmonary-angiography) |
| **Coroscanner (angio-TDM coronaire)** | Évaluation non invasive de l'anatomie coronaire ; de plus en plus recommandé comme imagerie de première intention pour les douleurs thoraciques stables selon les recommandations AHA/ACC de 2021 [3]. | [Coroscanner](/tests/coronary-ct-angiography) |
| **Épreuve d'effort** (à l'exercice ou pharmacologique) | Évalue l'ischémie inductible chez les patients avec une probabilité pré-test intermédiaire de coronaropathie. | [Épreuve d'effort](/tests/stress-test) |
| **pH-métrie œsophagienne / manométrie** | Indiquées lorsqu'un RGO ou un trouble de la motricité œsophagienne est suspecté après exclusion des causes cardiaques. | [pH-métrie œsophagienne](/tests/esophageal-ph-monitoring) |
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## Populations particulières
### Enfants et adolescents
La douleur thoracique chez les patients pédiatriques est très majoritairement bénigne ; les causes cardiaques représentent moins de 5 % des présentations. Les étiologies courantes incluent la costochondrite, l'asthme d'effort et l'anxiété. Cependant, les situations suivantes justifient une évaluation urgente en cardiologie pédiatrique :
- Douleur thoracique à l'effort avec syncope
- Cardiopathie congénitale connue
- Antécédents familiaux de mort subite cardiaque avant 40 ans ou de canalopathies héréditaires (syndrome du QT long, syndrome de Brugada, cardiomyopathie hypertrophique)
- Douleur associée à de la fièvre et un souffle cardiaque nouveau (possible myocardite ou maladie de Kawasaki)
**Note concernant les médicaments :** La posologie des AINS chez l'enfant doit suivre les recommandations pondérales (par ex., ibuprofen 5–10 mg/kg toutes les 6–8 h) et doit être confirmée avec un pédiatre. L'aspirine est généralement évitée chez l'enfant de moins de 16 ans en raison du risque de syndrome de Reye, sauf dans des conditions spécifiques (par ex., maladie de Kawasaki) sous supervision spécialisée.
### Grossesse
La douleur thoracique pendant la grossesse peut résulter de modifications physiologiques (augmentation du volume plasmatique, refoulement du diaphragme vers le haut, laxité ligamentaire hormonale) ou de conditions pathologiques. Points importants :
- **Le RGO** est extrêmement fréquent pendant la grossesse (prévalence de 30–80 %). Le traitement de première intention comprend les mesures hygiéno-diététiques et les antiacides. La famotidine et l'oméprazole sont généralement considérés comme acceptables pendant la grossesse en cas de nécessité (ancienne catégorie FDA B), mais le clinicien doit peser les bénéfices et les risques.
- **La cardiomyopathie du péripartum** est rare mais grave ; l'apparition d'une dyspnée et d'une douleur thoracique au troisième trimestre ou en post-partum justifie une échocardiographie en urgence.
- **Le risque d'embolie pulmonaire** est 4 à 5 fois plus élevé pendant la grossesse et le post-partum. Les D-dimères sont physiologiquement élevés pendant la grossesse, ce qui limite leur utilité ; un angioscanner pulmonaire ou une scintigraphie ventilation/perfusion peut être nécessaire.
- **Les AINS** doivent être évités, en particulier après 20 semaines de grossesse (risque de fermeture prématurée du canal artériel et d'oligohydramnios selon la communication de sécurité de la FDA de 2020).
- **Les IEC et les ARA II** sont contre-indiqués tout au long de la grossesse (tératogénicité, toxicité rénale fœtale).
### Personnes âgées (≥ 65 ans)
Les personnes âgées sont plus susceptibles de présenter une **douleur thoracique atypique ou des « équivalents angineux »** tels qu'une dyspnée isolée, une fatigue ou une confusion. Points importants :
- **L'ischémie silencieuse** est plus fréquente chez les personnes âgées et les patients diabétiques.
- **La polymédication** augmente le risque d'interactions médicamenteuses. Les AINS doivent être utilisés avec prudence en raison des risques cardiovasculaires, rénaux et d'hémorragie digestive accrus.
- **Le rétrécissement aortique** devient de plus en plus fréquent avec l'âge et peut se manifester par une douleur thoracique d'effort, une syncope ou une insuffisance cardiaque.
- **L'altération de la fonction rénale** peut nécessiter des ajustements posologiques pour des médicaments tels que la colchicine, l'enoxaparine et la famotidine.
### Sportifs
La douleur thoracique à l'effort chez les jeunes sportifs fait craindre :
- **Cardiomyopathie hypertrophique (CMH) :** Première cause de mort subite cardiaque chez le jeune sportif. Une douleur thoracique d'effort, une syncope ou des antécédents familiaux de CMH doivent conduire à une échocardiographie et éventuellement une IRM cardiaque.
- **Anomalies coronaires congénitales :** Des origines coronaires aberrantes peuvent provoquer une ischémie d'effort.
- **Myocardite :** Souvent post-virale ; les sportifs doivent être écartés de la compétition pendant 3 à 6 mois après le diagnostic selon le consensus AHA/ACC.
- **Commotio cordis :** Un impact contondant sur le précordium durant une phase vulnérable du cycle cardiaque peut déclencher une fibrillation ventriculaire — une urgence médicale.
- **Le bronchospasme induit par l'exercice** est une cause bénigne fréquente d'oppression thoracique chez les sportifs.
Le dépistage cardiovasculaire pré-participation (anamnèse, examen clinique et, dans certains pays, ECG) peut identifier les individus à risque.
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## Quand consulter en urgence
Utilisez le cadre suivant pour déterminer le degré d'urgence de l'évaluation médicale :
### Appeler les services d'urgence (15 / 112 / SAMU) immédiatement
- Douleur thoracique avec l'un des signes d'alerte mentionnés ci-dessus
- Suspicion d'infarctus du myocarde (pression/constriction durant > 5 minutes, avec diaphorèse, irradiation ou dyspnée)
- Douleur thoracique ou dorsale soudaine et sévère (possible dissection aortique)
- Douleur thoracique avec signes de choc (hypotension, altération de la conscience, pâleur)
### Se rendre aux urgences / en consultation d'urgence (dans les heures qui suivent)
- Douleur thoracique de repos de novo sans signes d'alerte mais avec facteurs de risque cardiovasculaire (tabagisme, diabète, hypertension, dyslipidémie, antécédents familiaux de coronaropathie précoce)
- Douleur thoracique pleurétique avec immobilisation récente, chirurgie ou voyage (risque d'EP)
- Douleur thoracique avec fièvre > 38,5 °C et toux productive (possible pneumonie)
- Douleur thoracique post-traumatique avec difficultés respiratoires (fracture costale, pneumothorax)
### Consulter votre médecin généraliste (dans les 1–2 jours)
- Douleur pariétale thoracique récurrente et reproductible à la palpation, sans signes d'alerte
- Brûlure thoracique corrélée aux repas et partiellement soulagée par les antiacides
- Oppression thoracique associée à un trouble anxieux connu, sans éléments nouveaux
- Douleur thoracique persistante depuis plusieurs jours malgré les traitements en automédication
### Consultation programmée (dans les 1–2 semaines)
- Gêne thoracique légère et intermittente, clairement musculo-squelettique et en voie d'amélioration
- Suivi après un passage aux urgences ayant exclu les causes graves
- Discussion sur l'optimisation des facteurs de risque cardiovasculaire (bilan lipidique, pression artérielle, sevrage tabagique)
> **Principe général :** En cas de doute, consultez plus tôt que trop tard. La douleur thoracique est un symptôme pour lequel le coût d'une « fausse alerte » est bien inférieur au coût d'un diagnostic manqué.
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## References
[1] Amsterdam EA, Wenger NK, Brindis RG, et al. 2014 AHA/ACC guideline for the management of patients with non-ST-elevation acute coronary syndromes. *J Am Coll Cardiol*. 2014;64(24):e139–e228. PMID:25260718.
[2] Swap CJ, Nagurney JT. Value and limitations of chest pain history in the evaluation of patients with suspected acute coronary syndromes. *JAMA*. 2005;294(20):2623–2629. PMID:16234498.
[3] Gulati M, Levy PD, Mukherjee D, et al. 2021 AHA/ACC/ASE/CHEST/SAEM/SCCT/SCMR guideline for the evaluation and diagnosis of chest pain. *Circulation*. 2021;144(22):e368–e454. PMID:34709879.
[4] Collet JP, Thiele H, Barbato E, et al. 2020 ESC guidelines for the management of acute coronary syndromes in patients presenting without persistent ST-segment elevation. *Eur Heart J*. 2021;42(14):1289–1367. PMID:32860058.
[5] Fruergaard P, Launbjerg J, Hesse B, et al. The diagnoses of patients admitted with acute chest pain but without myocardial infarction. *Eur Heart J*. 1996;17(7):1028–1034. PMID:8809520.
[6] Body R, Carley S, McDowell G, et al. Rapid exclusion of acute myocardial infarction in patients with undetectable troponin using a high-sensitivity assay. *J Am Coll Cardiol*. 2011;58(13):1332–1339. PMID:21920261.
[7] Imazio M, Brucato A, Cemin R, et al. Colchicine for recurrent pericarditis (CORP): a randomized trial. *Ann Intern Med*. 2011;155(7):409–414. PMID:21873705.
[8] National Institute for Health and Care Excellence (NICE). Chest pain of recent onset: assessment and diagnosis. Clinical guideline [CG95]. Updated 2016. Available at: https://www.nice.org.uk/guidance/cg95.
[9] U.S. Food and Drug Administration. FDA Drug Safety Communication: FDA recommends avoiding use of NSAIDs in pregnancy at 20 weeks or later. October 2020. Available at: https://www.fda.gov/drugs/drug-safety-and-availability.
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*Dernière révision : avril 2026. Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié pour le diagnostic et le traitement de la douleur thoracique ou de toute autre affection médicale.*